Les électeurs suisses décideront dimanche s'ils approuvent ou non une définition plus stricte de leur neutralité, qui empêcherait notamment leur pays d'imposer des sanctions économiques ou de coopérer avec l'OTAN.
La Suisse organise un référendum sur une initiative proposant d'inscrire une version plus contraignante de sa neutralité dans la Constitution.
Reconnue au niveau international depuis la fin des guerres napoléoniennes en 1815, la neutralité suisse est déjà inscrite dans la Constitution fédérale depuis 1848. Mais la manière dont le gouvernement la met en œuvre n’est pas précisée.
L'Union démocratique du centre (UDC), parti de droite nationaliste, soutient l'initiative. D'après le parti, opposé à l'immigration ou au rapprochement avec l'UE, la neutralité traditionnelle de la Suisse a été violée lorsque le pays a imposé des sanctions à la Russie après son invasion de l'Ukraine.
Des affiches portant l'inscription "Pas de guerre. Oui à la neutralité suisse" aux côtés d'une colombe de la paix portant un rameau d'olivier ont été placardées dans tout le pays à l’approche du scrutin.
Des sondages suggèrent toutefois que les électeurs s'apprêtent à rejeter l'initiative. L’un des plus récents estime que 68% des votes s'y opposeront, contre 31% en faveur.
"Les électeurs suisses apprécient la neutralité, mais ils approuvent la manière dont le gouvernement la met en œuvre actuellement", a déclaré Fabio Wasserfallen, professeur de politique européenne à l’université de Berne.
"Ils sont également généralement favorables aux sanctions contre la Russie liées à la guerre en Ukraine, et ne souhaitent pas que cela change", a poursuivi le professeur.
L'initiative sur la neutralité soutenue par l'UDC propose que la Suisse ne puisse adhérer à aucune alliance militaire ou défensive, ni coopérer avec une telle alliance. Elle reconnaît qu'une coopération est possible uniquement en cas d'attaque militaire contre la Suisse ou de préparation à une attaque.
L'initiative souhaite aussi que la Suisse ne puisse pas prendre de sanctions contre un Etat belligérant, sous réserve des sanctions des Nations unies (ONU).
La campagne en faveur du "oui" soutient que la neutralité suisse a servi le pays par le passé, l'épargnant par exemple lors des deux guerres mondiales, et qu’elle aide également Berne à offrir son concours pour faciliter des négociations de paix dans le cadre de conflits.
"La Suisse a été épargnée par la guerre depuis deux cents ans parce qu'elle est armée et neutre de façon permamente", a déclaré Christoph Blocher, homme d’affaires milliardaire et membre de l’UDC qui soutient le texte.
"Mais la neutralité est de moins en moins respectée ces dernières années", a-t-il affirmé à Reuters, la Russie considérant désormais la Suisse comme une partie au conflit en raison des sanctions.
Hormis l’UDC, la plupart des partis et le gouvernement suisse s’opposent à cette proposition. Le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a déclaré qu’elle porterait atteinte à la sécurité nationale et empêcherait la Suisse de s’entraîner avec l’OTAN.
(Reportage par John Revill et Marleen Kaesebier à Zurich; version française Florence Loève)

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